Thomas Le Coz | 25 septembre 2018 | #digital-learning

Comprendre la courbe de l’oubli

En s’intéressant à la courbe de l’oubli — cette courbe censée modéliser la perte d’information de notre mémoire — on peut envisager de modifier les programmes de formation afin de les rendre plus efficaces.

Dans cet article, nous allons nous intéresser à cette courbe et aux solutions que nous pouvons déployer à la lumière de ce qu’elle nous apprend sur l’apprentissage et la rétention de l’information.

Courbe de l’oubli : définition et origine

La courbe de l’oubli est le fruit des recherches d’un psychologue allemand nommé Hermann Ebbinghaus (1850-1909).

L’objectif d’Ebbinghaus était de modéliser sa capacité à retenir des syllabes de trois lettres dans le temps. C’est ainsi qu’est né la courbe de l’oubli :

Courbe de l'oubliD’autres points affectant l’apprentissage sont soulevés par Hermann Ebbinghaus comme la capacité d’apprentissage, l’intérêt personnel, la concentration au moment de l’induction, etc.

La courbe d’oubli met en valeur un des problèmes de la formation et de l’acquisition de connaissances en général : l’illusion d’apprentissage.

Cette illusion est problématique et peut amener à une grande satisfaction de la part de l’apprenant, une bonne évaluation de la formation dans les instants qui suivent mais une faible rétention de l’information et finalement une très faible efficacité pédagogique.

Impact pédagogique : comment améliorer la rétention de l’information ?

La courbe de l’oubli nous permet de revoir la conception des formations : il est nécessaire de répéter l’information dans le temps afin que celle-ci persiste.

En plus de ces répétitions, il faut aussi améliorer l’attention et l’implication de l’apprenant lors de la formation.

On doit donc reconsidérer les formations et leur utilisation :

  • Les formations ne sont plus consommées sur un bloc de temps conséquent mais plutôt réparties en plusieurs sessions espacées dans le temps
  • Les formations ne doivent plus être passives, nécessitant une simple lecture de la part de l’apprenant mais doivent l’engager avec des questions et des changements de rythme pour stimuler l’attention et s’assurer de la bonne rétention de l’information tout en créant des micro-répétitions.

D’un point de vue pratique, les formations doivent être organisées différemment :

  • Les séquences présentielles doivent régulièrement interpeller l’apprenant en lui présentant des quiz à chaque fin de chapitre présentant un concept clé
  • Le distanciel doit être utilisé afin de créer des séances de ré-apprentissage et permettre de raviver le souvenir de la formation initiale
  • Les séquences de quiz en ligne doivent comporter des boucles de feedback courtes : la réponse à la question posée doit être justifiée et présentée rapidement après soumission de la réponse. Par exemple, sur un quiz de 10 questions, plutôt que d’attendre les 10 questions avant de présenter la solution, on adoptera un rythme question – réponse justifiée afin de créer des micro-répétitions.

Les outils pour améliorer la montée en compétence dans le temps

Appliquer les grands principes expliqués ci-dessus est aujourd’hui possible grâce à divers outils venant améliorer vos plateformes de formation.

Apprentissage actif

Premièrement, afin de s’assurer de la consommation active du contenu de formation on peut insérer de quiz aux points clés de la formation.

Afin d’avoir un maximum de micro-répétitions au cours de ce quiz, nous allons les configurer de manière à ce que chaque réponse (bonne ou mauvaise) soit automatiquement suivie par la bonne réponse ainsi que la justification — souvent un extrait du cours.

Engagement

Ensuite, des mécanismes de gamification peuvent permettre de rappeler l’utilisateur et l’inciter à retourner de lui même sur les éléments de la formation.

Prenons par exemple Duolingo, une application destinée à vous faire apprendre une nouvelle langue qui vous attribue des badges au fil de votre progression. Ces badges se dégradent cependant dans le temps et finissent par vous être retirés si vous ne retournez pas sur les chapitres précédent afin de les réactiver.

Répétitions espacées

En ce qui concerne les répétitions espacées peuvent être programmées dans une séquence d’email auxquels les apprenants sont automatiquement inscrits. Leurs contenus peuvent être préparés à l’avance et permettent de rappeler les points clés de la formation.

Voici un exemple de séquence de rappel:

  • 10 minute après la fin de la formation, un premier résumé des points essentiels
  • 2 jours après la formation
  • 1 semaine après la formation
  • 1 mois après la formation
  • Tous les 6 mois

Le futur : vers de l’adaptive learning permettant des courbes de ré-apprentissage personnalisée ?

Chaque individu est différent et sa courbe d’apprentissage et de rétention de l’information sera elle aussi différente. Dans l’objectif d’améliorer l’efficacité des formations, on peut assez facilement imaginer une répétition espacée variable, complètement personnalisé par utilisateurs.

Le système fonctionnerait comme précédemment, avec des séquences d’emails constituant la répétition — comme un résumé du programme de formation.

Plutôt que de directement distribuer le contenu dans l’email, ce dernier aurait pour vocation d’amener l’utilisateur vers une fiche présentant le rappel des points essentiels ainsi qu’un quiz.

Le quiz, comme nous l’avons vu précédemment permet un rappel actif, sollicitant un plus haut degré d’attention mais permet aussi ici d’évaluer le niveau de rétention et programmer le rappel suivant en fonction de la note.

Si la note est faible, la prochaine répétition sera proche. Si elle est élevée, elle sera plus éloignée.

Avec plus de granularité, on peut même imaginer des questions spécifiques à des points clés de la formation et des répétitions dédiées à ces points, focalisant les rappels sur les notions les moins retenues par l’apprenant.

Conclusion

La courbe de l’oubli est un concept découvert et modélisé au début du siècle dernier. Il est intéressant de noter que les solutions clés en main aujourd’hui disponible ne font que très peu usage des recherches d’Ebbinghauss qui ont d’ailleurs été confirmées en 2015 par les docteurs Murre et Dros.

Commencer par implémenter cette notion de courbe de l’oubli, qui varie en fonction des usagers nous amène tout droit vers le futur du digital learning : l’adaptive learning et la personnalisation de l’expérience d’apprentissage en fonction de l’apprenant.