Alexandre Esser | 30 octobre 2018 | #digital-learning

BigBlueButton : les classes virtuelles au service du digital learning

BigBlueButton est un logiciel open source de classe virtuelles pour le digital learning. Son but est avant tout de fournir aux apprenants et formateurs une expérience de formation en ligne intuitive et agréable en proposant un système de conférence web incluant un environnement de formation similaire à celui que l’on peut trouver en formation présentielle.

Pour bien comprendre l’intérêt de BigBlueButton, nous allons dans un premier temps nous intéresser à l’origine des classes virtuelles. Ensuite, nous verrons les fonctionnalités de BigBlueButton et pourquoi cet outil se révèle comme un bon choix dans un écosystème digital learning. Pour terminer, nous aborderons succinctement le futur de BigBlueButton et plus généralement des classes virtuelles.

La genèse des classes virtuelles

Une classe virtuelle est par définition une salle de cours “en ligne”. Elle fait généralement partie d’un système de plus grande ampleur tel qu’une plateforme de formation de type LMS (Learning Management System).

Nous distinguons deux types de classes virtuelles : la classe virtuelle sans surveillance et la classe virtuelle dispensée par un formateur. La classe virtuelle sans surveillance s’apparente à un simple tutoriel vidéo sur lequel l’apprenant est passif dans son apprentissage, comme les cours disponibles sur YouTube ou encore un webinar diffusé en différé.

Ce qui nous intéresse dans cet article c’est le deuxième type de classe virtuelle : celui où le formateur et les apprenants sont plongés dans un environnement d’apprentissage permettant à chacun d’interagir devant son ordinateur comme en formation présentielle.

Pour cela, la technologie a dû s’adapter au monde du digital learning. Les plateformes de classes virtuelles ne réinventent pas la roue, mais utilisent avant tout une multitude de briques logicielles existantes pour créer un écosystème idéal pour l’apprenant : conférence, VoIP, partage d’écran, webcam, chat en direct, partage de documents, tableau blanc, enregistrement, accessibilité, intégration LMS, etc.

Vous l’aurez compris, le principal avantage des classes virtuelles est de permettre de suivre un cours à distance de façon immersive :

  • en faisant des économies (pas de frais de transport; pas de coût lié à la salle de formation)
  • en gagnant du temps (pas de déplacement nécessaire)
  • pour un nombre d’apprenants pouvant dépasser largement celui d’une classe physique habituelle

Il faut noter tout de même que le tableau en faveur des classes virtuelles n’est pas tout rose : on peut se demander si cela ne pose pas des problèmes liés au sentiment d’isolation des apprenants (notamment les plus jeunes qui ont besoin de socialiser). Par ailleurs, l’environnement dans lequel l’apprenant suit la classe virtuelle est-il adapté et propice à une bonne transmission des connaissances ?
Les problèmes technologiques pouvant survenir lors d’une classe virtuelle peuvent également vite créer de la frustration.
Enfin, il est à noter qu’une étude de la revue Computers in Human Behavior (Leveling up: Are non-gamers and women disadvantaged in a virtual world classroom?) publié par Elsevier a laissé supposer que les gamers — les hommes plus généralement — seraient avantagés dans un environnement de classes virtuelles de par leur familiarité avec le monde du digital. Cela s’avère particulièrement vrai dans le cas de classes virtuelles en réalité virtuelle comme nous l’évoquerons à la fin de cet article.

BigBlueButton dans les grandes lignes

Je crois qu’on peut sans risque affirmer que BigBlueButton est la meilleure solution open source de classes virtuelles disponible sur le marché aujourd’hui. Il existe également de nombreuses solutions propriétaires comme Zoom, WebEx, GoToMeeting, Adobe Connect, etc. avec des modalités financières différentes les unes des autres.

OpenMeetings — un logiciel de classe virtuelle sous licence Apache — est certainement le concurrent le plus sérieux de BigBlueButton. Cependant, l’aspect vieillissant d’OpenMeetings, la fréquence des mises à jour ainsi que le nombre de contributeurs du projet en baisse nous laisse penser que BigBlueButton est bel et bien en train de gagner la guerre des plateformes open source, si ce n’est déjà fait.

Les fonctionnalités de BigBlueButton

Interface épurée

L’interface de la dernière version de BigBlueButton a été repensée entièrement pour une meilleure prise en main.

BigBlueButton est un outil utilisé par deux types d’utilisateurs :

  • Le modérateur, aussi appelé formateur, instructeur ou administrateur
  • Les utilisateurs, aussi appelés les apprenants, les étudiants ou spectateurs

Enregistrement vidéo

Au delà du partage du son (microphone), de l’image (webcam) ou encore de l’écran, BigBlueButton permet au formateur d’enregistrer l’intégralité ou uniquement des parties de la formation.

Sondage

Afin d’engager les apprenants dans le processus d’apprentissage et de s’assurer que les notions clés du cours ont été assimilées par chacun, le formateur à la possibilité d’envoyer un sondage aux apprenants à n’importe quel moment du cours.

Les sondages peuvent prendre différentes formes :

  • Choix pré-configurés
  • Sondages intelligents
  • Sondages ouverts

Les choix pré-configurés permettent à l’instructeur de définir une liste de choix en amont.

Exemple : À qui s’applique les règles et amendes du RGPD ?

  1. Les entreprises européennes
  2. Les entreprises européennes hors UK post-Brexit
  3. Toute entreprise détenants des données de citoyens de l’UE

Les sondages intelligents permettent au formateur de créer des sondages “à la volée” sur le tableau blanc en analysant le texte sur le slide en cours et en devinant le type de sondage que souhaite réaliser le formateur.

Exemple : Existe-t-il une cellule de crise prête à se réunir au sein de votre entreprise ? (oui/non)

Le simple fait de taper cette question — sous ce format précis — dans le tableau blanc, permettra aux apprenants en ligne de répondre à la question par “oui” ou “non”.

Enfin, comme leur nom l’indique, les sondages de type ouverts offrent la possibilité à chacun d’écrire sa propre réponse à une question donnée.

Émoticônes

Nous connaissons désormais tous les émoticônes : ces petits icônes ayant pour but de faire transparaître une émotion.

Cette nouvelle option de BigBlueButton permet aux utilisateurs de changer leur icône de statut pour refléter un état émotionnel, souvent en réponse à une question du formateur.

Exemple : le formateur dit à haute voix : “Vous comprenez tous ce qu’est le droit à l’oubli ?”. Chacun peut alors mettre un pouce vers le haut 👍ou autre émoticône. C’est également très utilisé pour lever la main 🙋 lorsqu’un apprenant souhaite poser une question.

Partage d’écran

Le partage d’écran de BigBlueButton peut se faire en partageant :

  • L’écran entier
  • Une fenêtre uniquement
  • Une zone spécifique de l’écran

Sous-titrage

Le sous-titrage permet à un formateur d’écrire des sous-titres en temps réel ou différé afin de permettre aux apprenants malentendants ou bien ceux d’entre nous ne pouvant pas écouter la session sur leur ordinateur de réécouter la session de cours avec les sous-titres.

Atelier de travail

L’instructeur a la possibilité de créer des groupes de travail (sous groupes) permettant de séparer les apprenants en plusieurs groupes, dans lesquels chacun d’entre eux pourront communiquer, partager leur écran, le tableau blanc, etc.

Cela peut être très utile dans le cas d’un brainstorming : le formateur demande à chacun des collaborateurs de réfléchir à la stratégie de crise de l’entreprise. Pour cela, le formateur va diviser la conférence en 3 groupes par département, afin que chacun puisse se concentrer sur les impacts d’une crise au sein de son département.
Le formateur a également la possibilité de passer d’un groupe à l’autre pour savoir où en sont les apprenants.

À noter que l’enregistrement des groupes de travail n’est pas encore disponible mais en cours de développement par l’équipe BigBlueButton.

Messagerie instantanée

L’espace de discussion public ou privé permet aux apprenants comme au formateur d’échanger entre eux de façon écrite : idéal pour poser des questions sans interrompre le formateur.

Tableau blanc partagé et partage de document

Alors que le partage de document permet simplement au formateur de partager un document (Powerpoint, PDF, etc.) avec les utilisateurs; le tableau blanc partagé permet quant à lui à plusieurs utilisateurs d’interagir sur un seul et unique tableau blanc.

Les tableaux blancs partagés représentent une étape de plus vers un environnement d’apprentissage positif, dans lequel les apprenants sont amenés à interagir entre eux comme ils le feraient en formation présentielle.

Notes multi-utilisateur

Les notes permettent à l’utilisateur de prendre des notes sans sortir de sa classe virtuelle (pour utiliser un éditeur de texte par exemple). Elles peuvent également être créées de façon partagées par le modérateur, afin de transcrire une information importante à l’écrit sans pour autant l’inclure dans le support de présentation. Les autres utilisateurs ont ainsi la possibilité de compléter la note créée par le modérateur.

Une plateforme open source sous licence LGPL

Cette licence permet à n’importe quelle organisation publique ou privée d’utiliser BigBlueButton sans payer de redevance ou quelconques frais annexes à l’auteur du logiciel. Elle permet également d’intégrer l’outil à d’autres logiciels propriétaires en toute légalité.

En revanche, il est important de bien comprendre qu’open source ne signifie pas gratuit pour autant. Dans le cadre de la mise en place d’un dispositif de classe virtuelle, il faudra vous assurer que votre service technique (la DSI) est en mesure de mettre en place et héberger un tel outil ou bien que votre prestataire digital learning ait la compétence permettant le déploiement et la maintenance de BigBlueButton.

Un outil compatible mobile

Le point faible de BigBlueButton réside principalement dans son utilisation multi-device. Une application mobile Mconf-Mobile a été développée pour Android mais ne semble pas répondre aux besoins et attentes des utilisateurs : manque de fonctionnalités, non disponible sur iOS, etc.

L’équipe de contributeurs au projet BigBlueButton a travaillé sans relâche ces dernières années sur une nouvelle version incluant une interface HTML5 (et non Flash comme auparavant) permettant d’utiliser BigBlueButton aussi bien sur son ordinateur que sur sa tablette ou son téléphone. Cette avancée s’inscrit notamment dans l’abandon officiel du développement de Flash par Adobe en 2020.

Un système intégré

Du point de vue de l’e-learning, BigBlueButton a su se démarquer de son concurrent OpenMeetings en travaillant activement sur son intégration avec des LMS existants.

À ce jour, BigBlueButton est compatible avec les LMS suivants :

  • Atutor
  • Canvas
  • Chamilo
  • Docebo
  • Moodle
  • Sakai

Et bien d’autres outils comme Redmine, WordPress, Foswiki, etc.

Enfin, depuis novembre 2013, BigBlueButton est compatible avec la spécification LTI® (Learning Tools Interoperability). LTI est un standard d’intégration des applications riches d’apprentissage avec des plates-formes telles que les LMS. Cela permet donc d’intégrer théoriquement BigBlueButton avec n’importe quel LMS compatible avec la spécification LTI.

BigBlueButton à la conquête du mobile learning

Afin de s’adapter aux usages des apprenants d’aujourd’hui, BigBlueButton a désormais mis le mobile learning — l’apprentissage sur son smartphone — au coeur de ses développements.

L’interface de l’application a été repensée de A à Z pour être “mobile first” et fournir une véritable expérience unifiée : la prise en main est simple et l’expérience utilisateur sur mobile ne diffère pas de celle sur tablette ou PC.

Dans les mois à venir, l’équipe de développement va apporter de nouvelles fonctionnalités très attendues par la communauté à son interface HTML5 :

Atelier de travail : les ateliers sont des salles secondaires créées au sein d’une session de formation. Elles permettent de diviser un grand groupe en groupes plus petits, dans lesquels les discussions et la collaboration sont plus faciles.
Notes partagées : chaque utilisateur peut écrire des notes pour soi, ou bien les partager avec les autres
Fonctions avancés des tableaux blancs : afin d’annoter les parties clés de vos supports de formation
Sous-titrage : possibilité de sous-titrer la présentation pour les collaborateurs malentendants

Le futur des classes virtuelles

Comment dispenser une formation à vos collaborateurs de la façon la plus effective ? Comment créer un groupe de travail virtuel efficace réunissant des collaborateurs aux quatre coins du monde ? La réponse à ces questions relève d’un véritable enjeu stratégique pour l’entreprise moderne et apprenante de demain.

Une chose est sûre, le secteur de l’EdTech et les solutions technologiques qui en découlent sont principalement tirées vers le haut par les grandes universités qui investissent et innovent dans le domaine des classes virtuelles. BigBlueButton en est un très bon exemple puisque c’est un projet qui est né au sein de l’université Carleton au Canada.

Au delà de l’EdTech, la réalité virtuelle est une piste très sérieuse pour améliorer les moyens de collaboration dans le futur. Des solutions telles que Cisco Spark in VR — qui permet de rassembler des personnes dans une pièce en utilisant la réalité virtuelle — ne devraient plus tarder à être utilisées pour des fins spécifiques de formation initiale ou professionnelle.

Imaginez une classe virtuelle dans laquelle l’apprenant peut regarder à 360° les autres apprenants autour de lui, interagir avec eux dans dans des ateliers de travail virtuels (afin de ne pas déranger les autres apprenants), poser une question au formateur comme en formation présentielle, prendre des notes grâce à votre clavier physique compatible VR (comme le Logitech Bridge) ou encore rembobiner une partie du cours à un instant précis pour revoir une notion particulière.

Enfin, la réalité virtuelle augmentée permettra aux apprenants de suivre des formations pratiques manuelles en immersion totale grace au technologies telles que les dispositif haptiques ou encore le hand tracking/rendering : le fait de voir ses mains dans un casque de VR et de pouvoir interagir avec des éléments virtuels.